Palmarès du Concours international Pantun Sayang 2018

 

Palmarès du Concours international Pantun Sayang 2018
Results of the 2018 International Pantun Sayang Contest

Vous étiez impatients de connaître le palmarès de cette édition un peu décalée de notre concours annuel 2018 – Sir Raffles obligeant – à laquelle vous avez, nombreux, participé. Merci à tous : celles et ceux qui ont entrepris les voies audacieuses ou lointaines de Singapour ou de La Cité Jardin, ou qui ont chaussé d’audacieuses lunettes pantouniques afin de redécouvrir une beauté éternellement nouvelle derrière le seuil ou la fenêtre. La diversité des textes qui nous ont séduits atteste du succès de cette édition même si, du coup, cette diversité reste encore trop souvent rétive aux principes fondamentaux du genre pantoun. Le numéro 23 de Pantouns et Genres Brefs, en mars, présentera de manière globale le contexte, les lauréats et les textes ci-dessous, mais nous ne voulions pas différer davantage le plaisir de leur découverte.

Rendez-vous donc très bientôt pour une rencontre complète avec ceux qui ont bien voulu conduire Dame Poésie à ce Concours, merci à tous, merci et bravo à nos lauréats.

Pantun Sayang has the pleasure to announce the results of its Annual Pantun Competition 2018. A complete presentation of the winners, their texts, and the larger context of this (delayed) 2018 edition of our International Contest will be published in the next issue of Pantouns et Genres Brefs, n° 23, March 2019. Thank you to all the numerous contributors of this edition, and our warm Congratulations to the laureates.

Georges Voisset /AFP

Premier Prix International « Raffles » (en anglais), à l’unanimité du Jury : Romain Tribalat (France)
Premier Prix International du Pantoun Francophone : Marie Derley (Belgique)
Deuxième Prix International « Anggrek » (en anglais) : Michael H. Lester (Etats-Unis, Californie)
Deuxième Prix International du Pantoun Francophone « Taman », ex aequo : Nathalie Dhénin (France), Aimée Lévesque (Canada, Québec).

Anggrek: orchidée
Taman: parc, jardin

Dans l’ordre :

Romain Tribalat
Premier Prix International Pantun Sayang « Raffles » (en anglais)

Away from home

Gondolas fly above the canopy,
A metal bird towards a merlion.
Golden hope rose high against entropy,
Through seven seas to my destination.

Green and grey in the lion city,
Concrete trunks and wooden bricks.
Colours of a childhood memory,
Chequered uniform and candy sticks.

Pied hornbill feeding its young,
Hiding in a tree for what it’s worth.
Children, come and join our song,
For it is Arbor day in Letchworth.

Red bucket and spade in sand,
Facing the ocean’s immensity.
Joy in heart and spade in hand,
Marching through the garden city.

Trees to plant for shady street,
Trees for uplands bare,
Trees to cast a fragrance sweet
On the summer air.

Sentosa, promise of peace and tranquility,
Why suffer this looming oil tanker?
Love for me you once swore for eternity,
Twinges of remorse now each day occur.

Lined up silhouettes blurred by divine scents,
Before scrumptious hawker stalls, so they say.
You and me on that bench, I took a chance
For a stolen bliss on a long-gone day.

King in the mud, watch the mudskipper,
Until monitors for dinner hunt.
Glint in my eyes, a fool, a dreamer,
Calling love now to be silent.

From the forest onto a ribbon of asphalt,
My journey ends in a stalemate.
Too far from Albion, too great a pain to be fought,
Farewell, farewell my dear soulmate.

Mal du pays

Des gondoles qui volent par-dessus la canopée,
Un oiseau de métal vers un Merlion*.
Un rêve doré contre l’entropie s’est élevé
Par-delà les sept mers vers ma destination.

Verts et gris, dans la Cité du Lion,
Troncs de béton et briques de bois.
Aux couleurs d’une mémoire d’enfance,
Lollipops, uniformes madras.

Un calao pie nourrit ses petits becs
Sur un vieil arbre ma foi plein de bosses.
Venez venez enfants, joignez-vous à la fête:
C’est Arbor Day aujourd’hui à Letchworth**!

Seaux rouges, pelles et sable fin,
Face à l’immensité de l’océan.
Coeur en joie et pelles en main,
Par la Cité- Jardin défilant.

Arbre pour des avenues ombragées,
Arbre pour couvrir les hauteurs.
Petits planteurs d’arbres pour parfumer
De la saison d’été les torpeurs.

Sentosa***, promesse de paix et de tranquillité,
Comment supportes-tu ce tanker menaçant?
Tu m’avais promis un amour pour l’éternité
Et maintenant ce remords, chaque jour, lancinant….

Silhouettes debout noyées dans les vapeurs
Divines des hawkers****, chefs étoilés des trottoirs.
Toi et moi, sur ce banc, j’ai tenté ma chance
Pour un instant de bonheur, c’était il y a longtemps, un soir…

Martin pêche dans la boue guettant les gobies
Avant que les varans ne se mettent en chasse.
Un reflet dans les yeux, un idiot, un rêveur,
Et comme j’appelle un amour, un silence passe.

De la forêt jusqu’au ruban d’asphalte
Mon voyage prend fin dans une impasse.
Trop loin d’Albion, trop lourd le combat à mener,
Adieu, adieu, compagne de mon âme!

NdT:
*Statue hybride Sirène (Mermaid) -Lion, emblématique de Singapour.
**Letchworth Garden City, dans le Hertfordshire, première réalisation en 1909 des Cités-Jardins idéales d’Ebenezer Howard. A inspiré directement entre autres les Gardens by the Bay de Singapour après de nombreuses créations urbanistes, de Canberra à nombre de cités françaises. Arbor Day, la Journée de l’Arbre.
***Sentosa, petite île à portée d’encablure au sud du port de Singapour, aménagée en parc de loisirs et d’attractions.
****Hawkers, restaurateurs de rue ambulants typiques de l’Asie du sud-est. Leur étal poussé sur deux roues puis immobilisé avec un troisième support leur vaut en malais le nom de kaki lima, « cinq pieds ».

Traduction Georges Voisset

Marie Derley
Premier Prix International du Pantoun Francophone

Les marrons

Au jardin sont tombés des marrons délicats,
on les dirait sculptés par Moore ou Brancusi.
Je voudrais des amis qui noircissent leurs doigts
en goûtant avec moi la saveur de leur fruit.

*

Le verger

L’orage a ruiné le verger,
les oiseaux becqueté les fruits.
Pas de confitures cette année,
mais le jardinier me sourit.

*

Les Cyclades

Devant chez lui, le thym aride et généreux
a des fleurs et le bon goût de la sécheresse.
Sa barbe pique et ses sourcils sont broussailleux,
mais quand il nous parle, ses yeux rient d’allégresse.

*

Les champs

Le temps des blés et des cerises
donne des idées de pactole.
Mon amitié restera prise
dans la toile de tes paroles.

Michael H. Lester
Deuxième Prix International « Anggrek » (en anglais)

A mongoose slinks through the rough forest edge
In search of a rodent or other small game.
As moon glow washes over your silhouette
My painter’s brush traces the lines of your face.

*

Majestic mountains and breathtaking beaches
The twinkling stars in the firmament.
Your graceful curves leave me limp and speechless
As though I had breathed deeply your sweet scent.

*

The dismantling of a monument
Built upon the blood and sweat of slaves.
The spider asserts its dominance
In tangled webs of gossamer arrays.

*

The sting of a nettle cannot compare
To the bite of the angry scorpion.
I reminisce about the times we shared
As I lay dying they gain importance.

*

Wind caresses the Vanda Miss Joaquim*
In the warmth of a tropical sun.
I brush your cheek as we go walking
The blushing princess and her chosen one.

*Vanda Miss Joaquim is an orchid and Singapore’s national flower. (Translator)

*** *** ***

Par l’orée ravinée du bois glisse une mangouste
Cherchant un rongeur ou autre menu gibier.
Alors que la lueur de la lune inonde ta silhouette
Les lignes de ton visage mon pinceau esquisse.

*

Montagnes majestueuses et féerie des plages
Scintillement des étoiles dans le firmament.
La grâce de tes courbes m’ôte voix et courage
Comme si j’avais respiré avec force ta douce fragrance.

*

Déconstruction d’un monument
Bâti sur le sang et la sueur d’esclaves.
L’araignée impose l’asservissement
Dans les méandres de toiles éthérées.

*

La brûlure de l’ortie ne se compare
A la morsure d’un scorpion en colère
Je me remémore nos moments en partage
Alors que je me meurs ils me sont plus chers.

*

Caresse de vent sur Vanda Miss Joaquim*
Le soleil tropical dispense sa chaleur.
J’effleure ta joue alors qu’on chemine,
La princesse rougissante et l’élu de son coeur.

*Vanda Miss Joaquim est une orchidée et la fleur nationale de Singapour.(NdT)

Traduction Valeria Barouch

Nathalie Dhénin
Deuxième Prix International du Pantoun Francophone « Taman »

Les herbes aromatiques se font l’échappée belle
d’un jardin de curé jusqu’à ce balcon.
Tu m’as chanté depuis la tour de Babel,
de ton amour naît ce plat épicé et fécond.

Aimée Lévesque
Deuxième Prix International du Pantoun Francophone « Taman »

Quatre fragments de givre

La vitre est un jardin de givre*
Corolles gavées d’eau et de soleil.
L’hiver qu’est-ce donc que mon vivre?
Corps écrasé de neige et de sommeil.

Les branches du chêne chargées de neige
Au soir deviennent roses cerisier.
Les joues roses je tiens toute la neige
Deux de mes pays dans une brassée.

Une longue balade sous la neige et
On se retrouve chapeauté de blanc.
Une longue pause pour nous contempler :
Sommes-nous jizô ou minarets blancs?

Après le verglas les arbres au soleil
Des flocons géants figés dans le temps.
Sous la neige mes bras levés vers le ciel
Des os glacés pour capturer l’instant.

* Citation de Soir d’hiver d’Emile Nelligan, « Ma vitre est un jardin de givre »

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