Sélection Sardinosaures

Nous avons reçu un retour exceptionnellement abondant pour cet appel à sardinosaures, et nous nous félicitons que de nombreux nouveaux contributeurs aient pu, par ce biais, nous découvrir.
Nous souhaitons vivement que, dans un second temps, ils puissent maintenant découvrir  les charmes, les beautés, mais aussi les spécificités du genre pantoun. A cet égard, nombre de ces contributeurs regretteront de ne pas figurer ci-dessous : mais nous attendons fermement leurs prochaines contributions… pantouniques : nous savons tous qu’il existe des centaines de sites où envoyer de la poésie brève francophone, mais que nous sommes les SEULS AU MONDE à promouvoir le pantoun hors de ses terroirs d’origine. C’est donc d’abord cela qui nous concerne.               Néanmoins, nous restons toujours ouverts à des envois libres, à la fois de pantouns ne répondant pas au thème de l’appel du moment, mais aussi de poèmes brefs d’autres genres ou formes que nous pouvons relier au genre pantoun originel, de textes illustrés, etc.
Dans ce cas, merci, si possible, de nous le préciser, lors de vos envois de textes « hors appel à textes ». Ils sont reçus en permanence. Ces envois font l’objet d’une autre sélection, non pas pour le Blog, mais pour la Revue : nous les regroupons dans chaque numéro semestriel. Ainsi, vos contributions « non sardinosauresques » (et précédemment « non-fantômatiques ») que nous avons sélectionnées durant 6 mois paraîtront donc dans  le numéro 27, en mars prochain.
          Enfin, exceptionnellement, compte tenu du nombre de textes « recalés » cette fois-ci, et de notre regret d’avoir eu à le faire, nous ferons un second envoi de sardinosaures sur le Blog prochainement : des poèmes qui, sans être des pantouns, nous ont tout de même séduits. Ils ne figureront pas sur la Revue, pour des raisons de volume, mais ils complèteront notre présente sélection, pour le plus grand plaisir de tous nos lecteurs – et contributeurs ! Vous avez encore quelques jours pour modifier vos envois précédents, si vous le souhaitez.

Quant au 3° et dernier appel à textes EXPERIMENTATIONS de ce semestre, il sera diffusé à la suite de ce second envoi du Blog. Préparez-vous, en n’oubliant jamais qu’aussi simplement que pour un mathématicien 1+1 = 2, pour un pantouneur, 2+2 =… UN

Bien poétiquement,

Georges Voisset.

L’image d’illustration de cette publication est une création de Valeria Barouch : Canarval, Castortue et Tatoucan

Valeria Barouch

Chamorio par Valeria Barouch

Le chamorio

Un chamorio dompte, ce n’est pas un mirage,
Les dunes d’un coup d’ailes avec maestria.
Les hauts sommets, hélas, ne sont plus de mon âge,
Si Hermès ne me prête ses talaria.

Calligramme de Valeria Barouch

 

Quel est le secret du chuchoteur
Pour gagner le respect du cheval ?
Pour convertir un coronargueur
Faut-il bâton, carotte ou moral ?

***

Noël Bernard

Tigrenouille, rayé, fier de ses dents de sabre,
Nage dans l’eau bouillante où se fond le gros sel.
Moi, que pustule afflige et ternit ma peau glabre,
Au creux de mon sofa je pantoufle en marcel.

pAntoun

Va grand chacalamar, lançant ahans navrants,
Attrapant bars, narvals, d’alarmants bras fractals.
Dans ma prāṇa d’anar, jasant blablas marrants,
J’abats ma part, lampant cash pastagas fatals.

***

Pascal Dandois

Le kangourouge-gorge
Est un volatile amusant
Au milieu des cannes à sucre d’orge
Elle sautille en chantant

***

Olivier-Gabriel Humbert

 L’alpagateau et l’incendie, suite

Les grandes entrailles à 180,
La girafour est prête pour la cuisson.
La longue départementale à 120,
Les gyrophares bleus captent l’attention.

Le crabeurre avachi dans la casserole
N’en pince guère pour la chaleur et fond.
Près du hangar industriel qui s’immole
Les camions arrivent, sirènes à fond.

Volant vers la graisse, un chocolagopède
S’y mélange en formant un liquide brun.
Les sapeurs-pompiers viennent en aide,
Les lances du dévidoir tournant en mains.

Le farhinocéros encorne des œufs,
Les brise et est rejoint par les sucrevettes.
Les tuyaux lancent l’eau, les soldats du feu
Attaquent les flammes, le chef BAT en tête

Lorsque le mélange est cuit, un nouveau-né,
L’alpagâteau de chocolat noir, est là.
L’or orangé du brasier est terminé
Et le fourgon d’incendie repart déjà.

Le vœu du chocolamantin exaucé :
Il remercie avec son chant mélusine.
Appel radio pour signaler des blessés,
Ils partent en intervention vers l’usine.

L’orignallumette pose des bougies
Et aidé du colibriquet les allume.
Retour à la caserne puis au logis,
Un volontaire écrivain prend sa plume.

***

Annie Hupé

Pantoun isocèle

Compte et recompte à la fin
qui dira le jour et l’heure
Mon cœur souffre de la faim
si tu t’éloignes j’en meurs

Jour après jour l’année change
Mars fait chanter les oiseaux.
Je chante mon aimésange
Sur ma flûte de roseaux.

Mars fait chanter les oiseaux
Avril fleurir la pâquerette
Sur la flûte de roseaux
Fait danser l’andalouette.

Bateau ivre entre les îles
ne pêche pas de poisson.
Il ne surprend que l’agile
amoureux, le lapinson.

Ne pêche pas de poisson
dans les eaux de la dérade
Amoureux, le lapinson
y cherche sa lapintade.

***

Jean de Kerno

Deux charges*

 *Le charge est un quadrupoème bref primaire, imprévisible et brutal. Il  doit toujours commencer par « …C’est alors que » et avoir une allure fortement prosaïque. La longueur des distiques avant et arrière peut varier.

 …C’est alors que, surgi de l’estran, l’abominable Zébulot se met à gratter la mer,
secouant la tête en bavant il va charger l’innocent intrus…
Qu’il est aisé, sur cette Terre,
de trouver toujours plus tordu.

Le papado et le nouveau jeu vidéo

…C’est alors que le T-Rex
se coucha aux pieds de Tarzan.
Le papado, furieux d’avoir perdu une partie qui s’annonçait si peu complexe,
jette le smartphone à terre et le piétine en sanglotant.

***

Pierre Lamy 

Sardinosaures     

          L’arénicolibri

À l’heure du jusant, l’arénicolibri
émerge du silence et de son banc de sable.
Par les beaux soirs d’hiver, sous l’azur assombri,
le spleen en bord de mer est indéfinissable.

          Le chimpanzèbre

La savane est en deuil, le ciel s’est embrasé,
il a vécu ce soir, le dernier chimpanzèbre.
On songe au soleil noir de ce veuf mal rasé
sombrant dans la ténèbre.

          La homarmotte

D’Halloween au redoux, en mer, la homarmotte
pique un long roupillon blottie sous un récif.
Lorsque sévit novembre, en imper sous la flotte,
on aimerait pouvoir dormir jusqu’en avril.

          L’autruchatte

Un beau caniche autrichien
se languit d’une autruchatte.
Il est bon d’avoir du chien
mais aussi d’la patte.    

Le cerfennec
(Sardinosaure-lipogramme contre-rimé)

Excédé de vents et grêle,
l’été tendre est en échec.
Le cerf se les gèle
et se rêve cerfennec.

L’escargorille

Pour un bel escargorille
un cœur de limace bat.
D’aucuns joyeux drilles
préfèrent le célibat.

Quelques opossums célèbres*

*L’Opossum célèbre est une variante du sardinosaure que l’on doit à Hervé Le Tellier, Prix Goncourt 2021.

L’anaconda Pollinaire

L’anaconda Pollinaire
se mire et se trouve beau.
On s’booste l’imaginaire
au Pont Mirabeau.

Le serin Bô

Au cabaret vert
il est beau le serin Bô.
Dans mon chef naissent des vers
ivres de bateau.

Le corbeau Delaire

Pour grimper au chêne et y tenir son fromage
le corbeau Delaire enfila son plus beau jean.
Je connais certaines fleurs qu’on voit en image,
dont on dit du mal et qui transmettent leur spleen.

Deux Pantaïkus

Le Pantaïku
aurait enchanté Verlaine.
Au parapluie baba-cool,
préférons l’impair.

        *

Le sardinosaure
a conquis les océans.
J’aime à tisser dès l’aurore
quelques vers céans.

***

Cédric Landri

 Chaque nuit, les braconniers sont hantés
Par des éléphantômes mécontents.
Chaque nuit, tu ne cesses de songer
À tes mauvais choix, à tes errements.

Fourmygale : fourmi grandiose
Capable de tisser sa toile.
Peintrovore : peintre en psychose
Capable de croquer sa toile.

Le sardinosaure est un gros poisson
Disparu depuis des millions d’années.
Où sont donc passées toutes les saisons
Où les animaux n’étaient pas dressés ?

Pantoun Dragondolé par Cédric Landri

Source de l’image

***

Yann Quero     

Quelle peut bien être la dulcinée
du tigrenouille ou du trigrongeur ?
Doublement hybride, de sang et d’idées,
le poète métis sans âme sœur.

Vivre bichevreuil doit faire moins souffrir
que d’être incarné dans un oursinge.
Mieux vaut l’hermaphrodisme du désir
que la schizophrénie des méninges.

***

Sylvia Rosset

Tigrenouille

Identique à ses congénères connaissez vous bien la tigrenouille ?
Face au danger, pas de peau urticante, juste un rugissement,
Monstrueux, à vous tétaniser.
Il convoitait une nymphette, un peu nouille,
Limite bobette, proie facile à duper apparemment.
L’imprudent dans ses yeux plongea les siens et s’en trouva vaudouisé.

Asticolibris

Le colibris appâté par un minuscule asticot s’apprête à le goûter.
Ce dernier, en panique mais téméraire, se tortille en lui faisant la danse du ventre.
Subjugué , notre oiseau transporté tente de l’imiter et se mue en asticolibris.
Bourse pleine, cœur aride, rien ni personne à redouter,
Jusqu’à cette femme, improbable et bouleversante rencontre.
Enthousiaste, désormais, chaque soir, il l’escorte dans sa maraude des sans abris.

***

Jean-Marc Sire

Libellulladonna par Jean-Marc Sire

***

 Véronique Viala

         Baleine vierge

Quand la baleine bleue, chasse et croque le krill,
La baleine vierge, elle,  tricote l’écume
Mots à la queue leu leu, je croque des broutilles,
Tricote des poèmes ancrés au stylo-plume

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