Appel à genres brefs : le ruba’i persan

Avis : Comme nous devenons peu à peu victimes de notre succès, l’envoi des contributions est désormais limité à 5 textes pour chaque appel, de manière à maintenir l’équilibre qualité / représentativité / quantité de notre revue. Rappelons que l’envoi de formes brèves et de pantouns hors thèmes demeure ouvert en permanence.

Le rubai est devenu avec Omar Kayyam et ses Rubaïyat, d’un genre persan populaire très ancien de la poésie perse antéislamique, une contribution majeure à la poésie universelle. Celle-ci sera complétée, au siècle suivant, par la contribution d’un autre immense poète persan – soufi celui-ci, et non épicurien : Rumi. À eux deux, ils définissent le spectre spirituel, philosophique, théologique, élégiaque, comme on voudra, du genre. On trouvera donc une très abondante documentation sur ce genre, sous le nom de ces poètes et notamment du premier.

Pour ce qui est de la forme du rubai, étant d’origine sans doute populaire et antérieure à l’influence majeure de la culture arabe en Perse, elle est l’une des moins strictement codées de la poétique du persan. Néanmoins, elle l’est suffisamment pour poser d’insolubles questions aux traducteurs. Le critère d’identification de genre le plus facilement transposable du rubai est la rime : le rub’ai – terme qui signifie simplement quatrain en arabe (racine arabe RB’ (quatre) d’où la transcription de RuB’ai, pl. RuB’ayyât) – rime avec une seule rime aux vers 1, 2 et 4, le troisième n’étant pas rimé, soit le schéma AAbA. Ce critère est d’autant plus aisé qu’il est formellement suffisant. Dans sa langue, toutefois, le genre obéit à une métrique complexe (quoique moindre que la plupart des autres), qui ne peut pas être transposée en français, puisqu’elle repose sur la longueur des syllabes (brèves, longues, très longues), système des « pieds » inexistant en versification française. Transposée dans cette versification, on constate que la mesure des vers du rubai persan se ramène le plus souvent à notre endécasyllabe (vers de 11 syllabes) et très généralement entre 10 et 12. Nous laissons donc à nos lecteurs le choix d’effectuer leur propre transposition :

– soit en transposant la norme persane fixe (en pieds) en une norme française fixe en syllabes (= l’endécasyllabe)

– soit en adoptant un décompte syllabique approximatif de 11 syllabes (tolérance + ou -1).

Date limite d’envoi : 5 juin 2026, à l’adresse : pantunsayangafp(a)gmail.com

Dans tous les cas, la poétique du rubai relevant d’une poétique savante de l’écrit et non (plus) de l’oralité, à la différence de celle du pantoun, nous invitons les contributeurs à respecter strictement le décompte syllabique de la versification française (notamment en ce qui concerne le e muet).

À l’aube, le coq matinal,

Sais-tu pourquoi il se lamente ?

Parce qu’il a vu dans le miroir du matin

Qu’une nuit de ta vie s’est écoulée et que tu ne le sais pas.

Omar Khayyam, trad. C. Anet / Mirza Muhammad

 

O vous plus importants que la lune et le clair de lune,

Pourquoi vous satisfaire de l'existence terrestre ?

O gens de la taverne, qui êtes en danger de mort,

Levez-vous ! Pourquoi dormir jour et nuit ?

            Jalal ud Din Rumi, trad. E. de Vitray-Meyerovitch / djamshid Mortazavi

Exemple français :

Tel Shiva assis devant la mer 

 (rubai)

Absorbé trop longtemps par le couchant

je lève la tête, et voici qu’un croissant

de lune s’était posé sur mes cheveux –

j’ai senti le dieu me frôler un instant.

Jean de Kerno