Merci à toutes celles et tous ceux parmi vous qui ont répondu à notre appel à « pantbuns » (textes en prose insérant au moins deux pantouns) !
Pour rappel, il n’y avait pas de thème imposé pour cet appel. Et pour en savoir plus sur le « pantbun », vous pouvez vous référer à nos anciennes publications, notamment au n°23 de notre revue (page 31 et suivantes).
Bonne lecture et bon partage !
Tempête en altitude
Sous la froidure de la muraille, la paume de ma main, fixée à la pierre, semblait se rétracter alors que je montais les escaliers. Le nombre de marches semblait s’accroître à chaque palier d’une tour qui n’en finissait plus de s’élever. L’incessant hurlement du vent frappait de son ventre la roche afin de me faire lâcher prise. Les dents serrées, maugréant à chaque expiration, j’avais décidé que malgré la tempête, je rejoindrai le poste de gardien de phare. J’avais quitté la ville pour m’installer au plus près du passage piéton de la mer et du ciel.
Une à une gravir les marches de la tour
Sous les affres d’une tempête d’eau froide
À chaque palier d’une vie sans détour
Répliquer aux contrevents dans une ruade
L’effort presque accompli, je pensais que dans quelques minutes j’occuperai mon logement de fonction. Les derniers mètres qu’il restait à gravir tassaient un peu plus mon souffle à l’intérieur de mes côtes. Le froid gagnait les membres de mon corps et l’engourdissait. Un vertige me menaça de rejoindre la porte d’entrée du phare plus vite que prévu. J’escaladais péniblement les dernières marches.
À la montée de l’escalier du phare
Les angles de pierre s’adoucissent
L’air se raréfie et devient bizarre
Tous mes déplaisirs s’évanouissent
La poignée d’or de la porte de ma loge vrilla si facilement que j’y entrais en trébuchant sur une moquette bouclée, blanche. Surprise par cet élément décoratif, mon premier réflexe, encore à terre, fut d’ôter mes chaussures. Reprenant mon souffle, les paumes de mes mains encore noyées dans les onctueuses bouclettes, j’eus de la peine à distinguer mon environnement en raison de la luminosité disparate de l’endroit. Ici et là apparaissaient les éclats de guirlande aux teintes pastels. Quittant à regret le plancher des moutons, je vis en plein milieu de la pièce un gigantesque pouf gris souris sur lequel se détachait une lettre au papier blanc. Lorsque je la saisis, je sentis tout de suite son parfum apaisant aux roses d’Ispahan. Je lus quelques lignes de bienvenue de la part de mon prédécesseur.
Il me félicitait ! Le gardien précédent me rappelait pourquoi j’étais là, pourquoi je venais de changer de vie. Il ajoutait que si je lisais sa lettre, c’est que mon courage m’avait amené jusqu’au plus haut niveau de ce phare. « Le temps est venu d’écouter la vie… » Lorsque j’ai replié la lettre, j’ai pris possession du pouf. Mes yeux parcouraient la baie vitrée et j’ai cru que le ciel embrassait mes paupières.
Dans un redoutable fracas
Les vagues brisent le quotidien
Un jour, ma colère éclata
Et j’ai quitté ma vie de Parisien
Malgré la fracture des vagues contre la vitre, le tremblement des murs, je sentis mon corps se détendre, un sourire étirait ma bouche. J’entendis le cliquetis d’une machine à thé posée près de moi sur une table basse se mettre en route et répandre son parfum de jasmin. Je dépliais le plaid et je me suis emmitouflée dans sa laine polaire. J’ai laissé l’exquise douceur de la solitude m’envahir. C’est elle que j’avais choisie pour me donner le temps de l’écriture. Un roman sur la rude vie d’un gardien de phare.
Nathalie Dhénin
Cléopâtre
Cent jours font mûrir une tomate
Pour le plaisir du gourmand.
Piquer un fard est le stigmate
Du poison qu’un souvenir répand.
Elle pouvait sentir monter la chaleur, même entendre le bouillonnement de son sang comme le lait qui monte dans une casserole. Justement, c’était la faute à la casserole, celle qu’elle traînait derrière elle, invisible, silencieuse et qui ne se manifestait que dans des situations précises.
La maîtresse lui faisait signe de commencer. Elle était sensée produire un chant. Elle savait ce que c’était… en théorie. Une suite de sons qui se connaissent entre eux, qui se respectent les uns les autres sans prétendre à une place qui n’est pas la leur, qui se hissent le long des cordes vocales pour se lancer hors de la bouche dans un ordre voulu.
Mais la pratique, avait été cuisinée dans une casserole et la préparation n’avait jamais eu le temps de bien mijoter. Et ça, c’était la faute de Cléopâtre, sa sœur aînée. Elle l’avait surnommée ainsi en raison de son profil grec. Oui, l’autre Cléopâtre était grecque, même si elle était reine d’Égypte. La sienne n’était reine de rien du tout, mais elle avait tout ce qu’elle, la cadette, n’avait pas, notamment un nez classique. Elle n’avait qu’un nez en trompette à offrir au regard du monde et tout le monde vous dira que là, on ne se mouche pas dans la même catégorie.
Donc, Cléopâtre avait un jour hurlé : « Arrête de chanter tout de suite, tu n’as qu’une voix de casserole ! » C’est qu’elle s’y connaissait en voix, elle faisait du théâtre. Bon, elle gambillait au dernier rang du ballet villageois, mais forcément cela n’empêchait pas ses oreilles d’acquérir des compétences.
Sous le choc, les sons avaient lâché leurs mains et sa voix de chant s’était abîmée dans les profondeurs de son corps. Elle avait bien essayé de plonger à son secours, surtout en secret, dans la salle de bains, mais elle n’avait plus jamais réussi à la trouver.
Elle arrivait au bout de sa chanson et attendait résignée le verdict de la maîtresse.
« C’était parfait, tu peux t’asseoir. »
Elle était effondrée. C’était évident, la maîtresse n’osa lui infliger la note que la prestation méritait par crainte de dommages psychologiques irréparables.
Tant d’oiseaux produisent avec ardeur
Une musique fort discordante.
Si tu chantes pour ton propre bonheur
Qu’importe que l’auditoire déchante.
Valeria Barouch
Histoire de la ruche bien défendue
Aux temps des contes, dans une forêt des îles de l’Est, une ruche pendait à un arbre. Une ruche dorée, chantante, pansue d’un miel parfumé des sucs charnus de fleurs de lianes. Les animaux de la forêt salivaient en passant dessous, mais nul ne connaissait le bonheur subtil d’en goûter ne serait-ce qu’une larme, car la ruche était close, aucun miel n’en suintait. Ce trésor, il fallait l’atteindre.
Pour les fourmis, innombrables, disciplinées, monter le long de l’arbre, c’était toute une expédition. Sur un chemin inexploré et périlleux, entre la glu, les sautes de vent, les araignées, les oiseaux … nulle n’était jamais arrivée à la branche ultime.
Face aux mouches et leurs attaques en raids, l’avant-garde des abeilles demeurait invaincue. Les gardiennes virginales taillaient les ailes translucides, perçaient les abdomens velus, désorganisaient les plans de vol. Et malheur à la noire étourdie qui, entre deux assauts, se posait sur l’écorce : c’était là que veillaient les lézards à la langue agile.
Les oiseaux, certes, se gobaient une soldate de temps à autre, mais ne pouvaient briser les fortifications de cire durcie. D’en bas, renard le rôdeur estimait l’effort, langue pendante : la branche était trop haute. L’ours, à ses dépends, savait bien le tronc était trop solide pour ses épaules puissantes. Quant aux singes, habiles en tout, ils reculaient pourtant sous les dards cruels des guerrières rayées.
Une fleur parfumée
peut masquer des épines.
Et le cœur embrumé
marque un temps et piétine.
Un jour d’orage à décorner les boucs, toute la colonie s’était abritée dans la forteresse sucrée. Un coup de foudre, l’arbre se fend, un coup de vent, la branche choit. Voilà la ruche à terre, cabossée, fêlée, ses guerrières estourbies, ses ouvrières paniquées. Le conte voudrait que le trésor tant convoité échappe enfin aux abeilles banquières, et que chaque animal, accourant sus au butin, participe au festin. Mais nulle histoire n’est écrite d’avance.
On attend prudemment que le vent mollisse, que la pluie soit moins drue, que la foudre aille frapper un poil plus loin. Les fourmis forment le rang, on les passe en revue, on repère les points faibles de la ruche fendue, on discute du plan d’attaque. Les mouches surveillent que les abeilles sont bien assommées, qu’oiseaux et lézards ne seront pas de la partie, et se méfient des colonnes rouges qui préparent l’assaut terrestre. Les oiseaux, si sûrs en vol, redoutent l’attaque au sol – et les mâchoires alertes du renard. Le renard, marquis du sous-bois, les singes, barons des branches, hésitent au pied de l’arbre, craignant les griffes d’ours. Et l’ours, toujours un peu lent, arrivant le dernier, réfléchit deux ou trois fois pour éviter les coups de dards, les coups de pinces, les coups de becs, les coups de dents de cette populace de bestioles déterminées à lui gâcher son repas.
Il fait gris, il a plu,
on s’abrite ou on sort ?
La patience est vertu,
la réticence un tort.
Campant sur ses angoisses et son avidité, personne n’a songé à une trêve, un profit partagé. Les abeilles n’en demandaient pas tant. Le moment de flottement est passé. Les ouvrières, stimulées, s’activent à la ruche. Les guerrières, galvanisées, se remettent en ligne. Les suivantes de la reine, héroïques, préparent sa fuite. Les bêtes ennemies hésitent désormais à passer à l’attaque, n’est-il pas trop tard ? Dès la fin de l’orage, les abeilles en convoi s’envolent pour une branche forte où reconstruire la colonie. Et de la vieille ruche éventrée, un miel terne, mêlé d’humus et d’eau sale, ruisselle sous la mousse. Il nourrira les vers.
Georges Bonnemaison
Insoumise
En ce matin de mai ta décision est prise. Celui que tu aimes et qui t’aime, tu pars le rejoindre. Ta famille s’y oppose, comme de tradition. Depuis près de deux ans le mélodrame dure. Deux années de conflits, de larmes, de reproches, de palabres, de ruses – des deux côtés.
Jusqu’à plus soif, on t’a fait boire les calices amers des arguments retors.
La colère paternelle et les pleurs de ta mère. La morale en leçons de l’oncle magistrat. Le Livre et ses lois récitées par un prêtre. Le cousin médecin – on fait dans le moderne. Le désespoir des tantes : comment marier tes frères, après ce déshonneur ? Et de quoi vivrez-vous ? Il n’a pas sou qui vaille… Il n’est pas de chez nous, son odeur et sa peau, il n’a rien pour nous plaire. Prends garde ma petite, on les connaît ces gens : ça séduit, ça s’enfuit. Un séjour au Pays, pour te changer d’idées ! Là tu n’es pas à court, d’autres te font leur cour, bien plus avantageuse selon les marieuses.
L’oiseau captif perd ses couleurs
et l’harmonie de son ramage.
Même pour faire son bonheur,
on ne met pas sa fille en cage.
En ce matin de mai, rien n’y a fait. Presque deux ans à tourner dans la lessiveuse de leur propagande, et tu n’y crois toujours pas. Tu persistes dans l’amour. Alors tu effaces de ton visage toute trace farouche. C’est le jour où tu prends la mer, rien ne doit te trahir. Pas de colère dans tes yeux. Tu sors comme pour faire une course.
Un vieux dicton le dit, rien n’est plus roué qu’une femme amoureuse. Personne à la maison ne se doute de rien. C’est peut-être ça qu’ils n’ont pas compris, l’amour. Quoi d’étonnant ? Les serviteurs des dieux, les esclaves de l’argent, les disciples du patriarcat, les valets du pouvoir, les femmes hélas qu’ils ont dressées à obéir, que savent-ils de l’amour ? Rien. Ils n’ont que deux mots à la bouche : mariage arrangé. Et que deux autres en tête : désir tarifé.
À la croisée des routes
on cherche son destin.
Pour l’Amour pas de doute
il n’est qu’un seul chemin.
En ce matin de mai, tu décides pourtant de leur donner une dernière chance. Tu passes voir ton père à son bureau d’homme important. Tu lui dis que tu pars. Il ne te retient pas. Vous en avez soupé des menaces, du chantage, des mensonges, de la violence, de la réclusion. Ça n’a pas fonctionné – c’était couru d’avance. De toute évidence, il a épuisé sa maigre réserve d’affection. Il te le dit clairement : si tu passes la porte, pas de retour, tu n’existeras plus.
Un dernier coup de bluff ? Tu ne le sauras jamais, car tu tournes le dos et tu franchis le fleuve. Peut-être quelqu’un chez toi pleurera-t-il quand on videra ta chambre, qu’on dispersera les petits fantômes de ton enfance qui s’y blottissaient, qu’on donnera tes vêtements aux cousines de campagne, qu’on brûlera tes carnets, ton courrier, et que la poussière de ton prénom sera secouée par la fenêtre avec le tapis de la honte. Peut-être, mais tu ne le sauras jamais.
Tu hâtes ton pas vers la gare, le cœur en carillon. Plus rien ni personne ne peut t’atteindre. Dans un instant un train, complice indifférent, roulera vers l’homme que tu as librement choisi. Dans deux heures, enfin, vous serez l’un pour l’autre. Seule la Mort pourra vous séparer. Et encore, ce n’est pas sûr.
Georges Bonnemaison
Big Bang
Griserie de cette soirée estivale où les lucioles comme des étoiles autour de la lune dansent, étincelles crépitant d’un feu sur la plage. C’est l’heure de repenser à cette énigme, ce Big Bang sorti d’on ne sait où, qui a contribué à cette nature parmi laquelle nous, pauvres créatures humaines, sommes de vivants sujets. Sujets d’un destin qui dès la naissance des premières peintures rupestres aux glyphes successifs, inscriptions cunéiformes ou gothiques, ont peu à peu façonné le cours de l’existence.
À quelle eau nous sommes-nous abreuvés arrondissant nos mains en coupe, lavés, jusqu’à la confection d’ustensiles d’os ou de bois, terre cuite verre et plastique, sans oublier l’outre puis la bouteille pour la conserver ? À quand remonte ce temps où la vigne nous a offert ce cadeau inespéré des dieux, ce vin à résonance religieuse qui nous unit au ciel ? À cette cave au- delà de laquelle se dessine l’enfer qui nous guette si nous en abusons. Chacun peut tenter d’échapper dans une fuite éternelle à ses démons, chacun sa quête de chimères, mais comment résoudre l’explosion de cette complexité, ce puzzle né de ce Big Bang, dont l’origine constitue l’alpha mais dont l’oméga reste encore à trouver ?
Sur le sable blond et infini de l’été
Le soleil magnifique darde ses rayons
Y a-t-il encore autre chose à redouter
Que le dérèglement inéluctable des saisons ?
Sur la table, on débouche le rosé ou le champagne pour oublier les bouchons sur les routes, dans un vase communicant on croit contenir la somme des désastres se profilant à l’horizon. Entre déni et attention, les uns vocifèrent et les autres désespèrent, la cacophonie s’alimente de déraison. L’avenir est suspendu au Big Bang ultime qui bouclera le premier. Est-ce déjà trop tard ? Les abeilles ont amorcé la disparition inquiétante du vivant. Les glaciers fondent, les océans se réchauffent, la faune se meurt.
Hannetons et lucioles brûlent dans les flammes
Des incendies se propagent toujours plus meurtriers
Parfois ici ou là d’inaudibles voix réclament
Plus d’audace pour vaincre les calamités.
Mais qui les écoutera ? Le feu continue à crépiter et autour de lui nous dansons, tout en sachant que nous sommes sur un volcan.
Au bord du canal le chant des roseaux annonce l’arrivée des cygnes. Ils glissent lentement sur l’eau, leur robe blanche ravit encore nos yeux d’enfant. Et nous voudrions retenir le mythe d’un dieu puissant, Neptune en majesté soulevant les mers pour éteindre le feu ravageant la terre, d’un souffle magique recréer un autre commencement.
Thi Toi Dionnet
Handicap invisible
La vie est difficile pour tout le monde. Mais pour certaines personnes, elle l’est plus encore. En tant que personne handicapée, je subis et je survis, tant bien que mal.
Tel un fier héron, je garde l’équilibre, je donne le change. Parfois même, je vis.
Le héron garde son équilibre
Il pose deux pattes plutôt qu’une
Lorsque la vie me déséquilibre
Je reste dressée face à l’écume
Mais parfois, c’est impossible. J’ai chuté, je suis tombée. Très bas. Si bas qu’il n’est plus dans mes capacités de me relever. J’apprends depuis à me ménager, à ignorer la pression sociale me demandant toujours plus. J’ai appris à ralentir et je subis, encore — cette fois-ci les regards.
À l’image du paresseux, j’accepte d’avancer lentement. Pour survivre. Parfois même, pour vivre.
Le paresseux avance lentement
Son métabolisme est ainsi fait
Si je ralentis, juste un instant
On présume que c’est mon souhait
Ne jugez pas autrui trop hâtivement. Tous les handicaps ne sont pas visibles. Ignorer cette réalité, c’est alourdir encore la charge de ceux qui peinent déjà à avancer. C’est enfoncer qui ne peut se redresser aussi aisément que vous le pouvez.
Soyez humains, dans le bon sens du terme.
Chris Falcoz
Les Tambours de Niani
Sur la piste rouge, l’ombre s’étire,
Le vent du soir frôle les herbes couchées.
Un cœur fidèle jamais ne chavire,
L’honneur veille même aux âmes fauchées.
Je m’appelle Fanta, je suis née dans les ruines d’une ville que personne ne voit. Une ville prise dans la poussière du présent et l’oubli du passé. Pourtant, à chaque battement de mon cœur, j’entends les tambours. Ils viennent de loin, très loin. Ils racontent une histoire. Celle d’un roi. Celle de Soundiata Keïta, l’enfant qui ne marchait pas.
Chez moi, dans le Mandé, les anciens disent que le passé n’est pas derrière nous. Il est sous nos pieds, comme une graine qui attend la pluie. Mon grand-père, griot aveugle au regard de lumière, m’a transmis cette graine-là.
« Fanta, écoute les arbres. Leurs feuilles frémissent au souvenir de Soundiata. »
J’écoutais. Je rêvais. Et je voulais écrire. Des livres. Des récits. Mais dans le village, on me disait que ce n’était pas pour les filles. Alors je suis partie, laissant derrière moi les jarres à remplir et les champs à labourer, emportant seulement ma voix, mes souvenirs… et l’histoire de Soundiata, que je portais comme un talisman.
Je suis arrivée à Bamako les pieds pleins de poussière. Je me suis fait engager comme aide-bibliothécaire dans une école. La première fois que j’ai touché un livre d’histoire, j’ai pleuré. Parce que les pages étaient froides. Parce qu’elles disaient peu. Parce qu’elles oubliaient ce que j’avais appris au feu de bois.
Soundiata n’était pas seulement un roi. Il était un rêve. Une promesse. Un miracle. Et plus je lisais, plus je comprenais ce qu’il m’avait légué : la force de se lever quand tout semble brisé.
Il n’avait pas de jambes valides, mais il avait un destin. Il n’avait pas de palais, mais il avait une mère qui priait pour lui. Et il s’est levé. Il a marché. Il a réuni un peuple. Il a vaincu Soumaoro Kanté, le sorcier. Il a bâti l’Empire du Mali.
Je marchais dans les rues de la ville comme il avait marché vers l’avenir. Chaque soir, je couchais sur le papier les chants de mon enfance. Je voulais écrire un roman. Une épopée. Pas une copie. Une résurrection.
Mais un jour, j’ai douté.
Le manuscrit était là, sur mon lit de fortune. 200 pages. Inachevées. Les voix de l’extérieur, les klaxons, les injures, les factures impayées me coupaient l’inspiration. J’étais seule. Anonyme. Pauvre. Qui étais-je pour porter cette mémoire ? Qui étais-je pour faire revivre le Manden par des mots ?
Ce soir-là, je suis sortie, pieds nus, jusqu’au fleuve. Les étoiles se reflétaient dans les eaux noires. Je pensais à Niani, capitale perdue. Aux ruines ensevelies. À toutes ces voix qu’on n’entend plus.
Et dans le silence, j’ai entendu mon grand-père. Sa voix de sable. Il disait : « Le feu sacré ne se transmet pas par le sang, mais par la volonté. »
Le tamarinier cache des souvenirs,
Sous ses racines dort la mémoire.
Qui veut écrire ne doit pas fuir,
La vérité naît de l’espoir.
Je suis rentrée, et j’ai repris la plume.
J’ai raconté Soundiata, pas le guerrier glorieux, mais l’enfant tombé mille fois. J’ai décrit ses nuits de douleur, sa mère humiliée, ses silences pleins de colère. J’ai écrit la peur, le rejet, le doute. Puis j’ai raconté le moment où il se lève, et tous les arbres du monde plient pour saluer son pas.
Et moi, dans chaque mot, je me relevais aussi.
Quand j’ai terminé le roman, j’ai frappé aux portes. Les éditeurs me riaient au nez. « Trop africain », « Trop ancien », « Trop lent », disaient-ils. Mais un jour, une maison de publication dirigée par une femme m’a dit oui.
Ce jour-là, les tambours de Niani ont résonné en moi comme jamais.
Aujourd’hui, je marche dans les écoles, je parle aux jeunes, je transmets. Je leur dis que Soundiata est toujours vivant, dans chaque enfant qu’on appelle faible, dans chaque rêve qu’on dit impossible.
Je leur apprends à écrire leur propre épopée.
Car la vraie victoire de Soundiata n’était pas d’avoir fondé un empire. C’était de nous avoir laissé un chant. Un souffle. Un feu.
Et moi, Fanta, fille de personne et héritière d’un roi sans jambes, je le chante encore.
Ntamack Nick Stéphane
Le basculement d’une vie
Un soir de janvier, nous partagions notre quotidien, comme à l’accoutumée,
Nous réchauffant au plus près du feu de cheminée, toi, lisant, moi écrivant.
Rien ne laissait présager que tu t’apprêtais, bassement, à m’abîmer.
Je ne soupçonnais pas que le futur serait différent, toi, si décevant !
Je n’imaginais nullement encore qu’il me faudrait effacer le passé,
Oublier nos plus merveilleuses années, leurs joies, leurs beautés.
Nous nous connaissions depuis si longtemps ! Sans doute trop ou pas assez !
Je ne m’attendais pas à ce que tu me confies tes besoins de liberté…
J’ai senti que tu m’observais, de loin, entre deux paragraphes de ton journal.
Sans doute faisais-tu tourner ta langue dans ta bouche, avant de parler ?
Le silence particulier, pourtant habituel lors de nos soirées hivernales,
S’alourdissait, au fil des heures nous menant vers la nuit étoilée.
Je me suis tournée discrètement vers toi, pour saisir la lueur de ton regard.
Tu as baissé la tête, retournant instantanément à ta lecture.
Je me questionnais sur ton étrange attitude et l’œil que j’avais surpris, hagard.
Comment aurais-je pu deviner que tu te cherchais un air, une armature ?
Un vent déchaîné s’est mis à souffler,
Annonçant un inévitable orage,
Tu t’es mis soudain à persifler,
Stimulant en moi une profonde rage.
La température ambiante s’est glacée,
Le tonnerre s’est mis à gronder.
Devant moi, froid, figé, tu t’es placé,
De mots terrifiants tu m’as inondée.
La foudre et l’ire conjointes se sont déversées, à torrents.
De reproches innombrables tu m’as accablée :
Je t’obligeais, chaque jour, à rentrer dans les rangs,
À prendre des repas à heures fixes, attablé.
Tu ne supportais plus l’asphyxiante routine,
Tu avais grandement envie de nouveautés,
De sorties, de rencontres inopinées, d’adrénaline !
Tu rêvais d’un vent effervescent empreint de légèreté…
J’étais l’origine de ta morosité, de tes peines et tourments.
Ma présence ne t’inspirait qu’une horrible tristesse,
Transformait tes rêves en affreux désœuvrement…
Tu éprouvais le besoin d’une enthousiasmante ivresse !
Des éclairs, sans cesse, zébraient le ciel,
Toute l’eau des nuages s’abattait sur terre,
Tu vidais ton sac amer empli de fiel,
Je pleurais face à la douleur délétère.
Le feu de cheminée, sans vent dans les braises,
Peu à peu, subtilement, s’éteignit.
J’avais écouté tes illustres foutaises,
Sciemment, je n’avais rien dit.
Depuis longtemps, je me doutais que tu avais une maîtresse.
J’avais des soupçons, je subodorais, les preuves me manquaient.
Tes paroles et insultes me plongeaient dans une immense détresse,
Mais je savais, désormais, avec certitude, ce qui les motivait.
Tu étais sans doute depuis longtemps décidé à me quitter,
Sans véritablement avoir le courage de me l’avouer.
Tu préférais, bien sûr, me confondre en étayant ma culpabilité,
Plutôt que de tenter une âpre vérité, en cherchant à m’amadouer.
Jamais je n’oublierai l’outrage que tu m’as fait subir.
J’ai tourné les talons, ravalé ma salive, séché mes pleurs.
Dans l’alcool, un moment, j’ai songé à m’estourbir.
J’ai finalement accepté ce basculement de vie et mon malheur.
Rétorquer, me rebeller ou attiser la rancœur n’eût servi à rien.
Je bouillonnais intérieurement, j’avais mal, éperdument,
Mais pour notre avenir, mon bonheur et le tien,
Je me suis tournée vers un nouveau chapitre, résolument.
Valérie Michel
Session de pêche
Le pêcheur doit être patient à partir du moment où son hameçon est déposé sur l’eau. Une fois les ondes de la surface calmées, les bars apeurés sortiront de leur cachette. Qui ne serait pas dérangé par un plouf soudain j’ai envie de dire ? La confusion survient forcément sans prévenir.
Pour revenir à nos moutons, ou plutôt à nos poissons, le pêcheur doit tout de suite se concentrer sur le fait de ne faire qu’un avec sa canne et l’eau. Il doit s’y connecter, les sentir pour les épouser et s’y confondre afin de rassurer le bar.
Dans le noir abyssal
S’allume la baudroie
L’inspiration détale
Alors l’inscrire va de soi.
Vient ensuite une phase d’observation où le poisson sent le fumet de l’appât et décide de mordre ou pas. Certains ne mordront jamais et on ne peut pas prédire quand viendront ceux qui seront intéressés. Il faut aussi, et cela se passera très souvent, rejeter les individus qui ne sont pas matures ou ne correspondent pas à votre qualité de pêche. La prise peut être étonnamment rapide et ce cas est royal. Le brochet est visible de loin, charnu, clair et sa capture devient une formalité déconcertante en un tir de ligne.
Petit anchois dans l’eau
Rejoint ses amis dans le banc
Quand se joignent les mots
Leur pouvoir devient éminent
Une fois votre besace pleine, il suffit de profiter de vos efforts même s’il n’est pas dit que les poissons ne changent pas de taille entre temps… Il n’est pas interdit de refaire plusieurs autres sessions pour entretenir et faire vivre votre stock.
Il s’agit d’une expérience personnelle de pêche à la ligne. Néanmoins, il convient à tout pêcheur de s’approprier son propre style.
Teva Cheung
Tristesse
Dis papa, te souviens-tu ?… Dans le néant s’évaporent les mots sans réponse. Sous les paupières, la pierre ponce, entre les seins, l’obus. Et l’eau, petit ru, déserte la gorge, s’insinue entre la roche, se mue en rivière…
Combien de questions encore s’évanouiront dans ce silence abyssal, fracassant mes tympans. ;
Tu as tiré ta révérence, papa, emportant LA MÉMOIRE de notre ascendance.
Le vent bruisse dans les arbres.
Chant triste, valse funeste.
Une voix s’est éteinte dans ce corps de marbre
Dansent les âmes célestes.
Que d’heures gaspillées, dilapidées, à visionner des images stériles d’ inconnus.
Mais avons-nous seulement posé nos yeux, ne serait-ce qu’un instant sur les mains de nos parents ? Pourtant, elles nous ont bercés, se sont usées, ont vibré tremblé jusqu’au bout pour nous.
Nuit d’encre, silence,
Soudain un éclair balafre le ciel.
Somnambule, dans le sous-bois j’avance.
Une ronce d’églantier me réveille.
Tel un oiseau blessé fragile, ces mains cabossées, mosaïques siennes, peuplées d’histoires, de souvenirs, sans plus d’avenir, je les ai recueillies dans les miennes .
Nos aïeux disparaissent aussi discrètement que la paresse et l’addiction aux écrans nous gagnent. Vampirisés, nous sommes devenus sourds et aveugles.
Quand sonne le glas, il est trop tard.
Notre terre se rebelle-t-elle ?
Sa douleur, on ne l’entend.
Verres correcteurs ne nous révèlent
L’essentiel : l’amour de nos parents.
Sylvia Rosset
Peut-être
Elle s’est réveillée en sursaut. Elle ne sait pas pourquoi. Tout est silencieux dans la chambre et il reste plus d’une heure avant que le réveil ne sonne. Elle a la certitude d’avoir interrompu un rêve, mais elle a beau tenter de retenir les quelques images un peu floues qui flottent encore derrière ses paupières, ces petits fragments s’estompent puis s’évaporent, tels des mirages. Et bientôt il ne reste plus rien : le songe s’est dissipé, ne laissant à sa place qu’un inexplicable sentiment de tristesse.
La vague efface sans remords
Les cœurs dessinés sur la grève
Le jour se lève quand on dort
Et il emporte tous nos rêves
Où vont les rêves quand ils disparaissent? Vont-ils se réfugier dans un monde où ils peuvent vivre en liberté ? Y retrouvent-ils les mots qui se sont échappés eux aussi ? Quels sortilèges doit-elle employer pour attraper ces fugitifs et les apprivoiser ?
L’araignée tisse patiemment son fil
Pour en faire une dentelle d’argent.
Les poèmes qu’on écrit sont fragiles
Aussi faut-il les protéger du vent.
Le jardin est émouvant dans la lumière du petit matin : le bleu des agapanthes lui fait venir un sourire aux lèvres. Mais à la pensée qu’elles commencent déjà à se faner, son cœur se serre à nouveau.
Une beauté fugace: un cerisier en fleurs,
Ou le bouquet final de ce feu d’artifices.
De la gaîté s’enlace autour de notre cœur,
Mais il a mal aussi que les choses finissent.
Peut-être pourra-t-elle se rendormir? Peut-être accueillera-t-elle à son réveil un rêve émergeant des profondeurs qui ne s’envolera pas en fumée? Peut-être saura-t-elle aussi savourer pleinement les plaisirs éphémères que la journée lui offrira? Et puis, peut-être, trouvera-t-elle les mots pour les tresser en poèmes?
Peut-être, peut-être…
Chloé Gallien
Le mausolée des Samanides
C’est un mausolée millénaire
dans la ville de Boukhara.
C’est avec mes yeux temporaires
que je l’admirais ce jour-là.
Pour vivre heureux, vivons cachés, disait le grillon de la fable de Florian. Parce qu’il était caché, le mausolée des Samanides fut sinon heureux, au moins préservé. À Boukhara en Ouzbékistan, la civilisation arabe a commencé avec l’arrivée des Omeyyades en 706, mais s’il n’en reste presque rien d’antérieur au XIVe siècle, c’est que les Mongols de Gengis Khan en 1220 puis les Turco-Mongols de Tamerlan en 1370 ont ravagé la ville, les monuments et les gens qui la peuplaient. Si le joli mausolée est rescapé, c’est qu’il était endormi sous le sable et la terre. On le redécouvre en creusant, en 1924, un millénaire après sa construction, à peine abîmé. D’autres bâtiments existaient avant, mais ont été détruits et rebâtis, comme la mosquée kalon, bâtie, détruite, reconstruite, rasée et dont la dernière version date de 1514 avec son splendide dôme bleu turquoise ourlé de phrases en arabe.
Il ne reste que peu de pierres
des villes envahies et rasées.
Elles sont redevenues poussière
les gloires des illustres lignées
Imaginez un cube, environ onze mètres de côté, surmonté d’un dôme. Son décor, complexe et raffiné, est réalisé uniquement par l’agencement des briques en quinconces, ressauts, retraits et rosaces. Sur la brique de terre cuite beige tendre qui donne sa couleur élégante au mausolée comme à toute la vieille ville de Boukhara, le soleil découpe des ombres qui changent avec les heures et avec le climat, contrastées au soleil du dehors, délicates dans la pénombre du dedans. On dirait une délicate vannerie d’osier ou un tressage de cordes. Un mausolée, par définition, est ostentatoire, celui des Samanides, par la délicatesse de sa décoration sans couleurs ni dorures, sa simplicité de forme, échappe peut-être au péché d’orgueil.
À la croisée d’anciens empires
il ne reste qu’un mausolée.
Le temps passe comme un sourire
sur un visage émerveillé
Que nous reste-t-il du passé ? Des mots et monuments. Les pierres et les briques, les écrits et les livres nous racontent des histoires et diffractent pour nous les images gauchies, pâlies, évanescentes d’un passé dépassé, à jamais hors de portée. De l’architecture des temps passés, on ne connaît que ce qui a résisté au temps ou leurs représentations peintes ou dessinées, leur description dans les textes anciens. Peu de choses, parfois rien. Combien de bibliothèques ont disparu, brûlées, noyées, dépecées. On raconte qu’après la prise de Bagdad en 1258 par Houlagou, petit-fils de Gengis Khan, les eaux du Tigre se teintèrent du noir de l’encre des livres que les Mongols y avaient jetés. À l’opposé, depuis le XIVe siècle, beaucoup de constructions ont été préservées. Combien de peuples et de gouvernements aura-t-il fallu, à travers les siècles, pour maintenir, entretenir, restaurer, reconstruire ces bâtiments ? Combien pour porter l’héritage des siècles et à quel prix ?
Tant et tant de merveilles
qui ont cessé d’exister.
Il n’y a que le soleil
et le ciel qui aient duré
La tragédie, à voir le mausolée des Samanides, c’est tout le reste, tout ce qui a été détruit et dont il ne subsiste rien. À Boukhara comme ailleurs, qu’auraient été les paysages et les civilisations sans les destructions. Le mausolée miraculé témoigne du nombre de merveilles disparues dont on ne saura même jamais qu’elles ont existé. Le cœur se serre d’avoir perdu ce dont il ignore avoir été riche.
Le mausolée aux quatre portes
dont le présent a hérité.
Le récit d’une femme morte
dont un collier serait resté.
(Boukhara, Ouzbékistan, mai 2024)
Marie Derley
Nuit blanche
Soirée chaude, goudron tendre sous les baskets. On se laisse aspirer par la foule comme par un courant trop fort pour résister. La ville déborde — voix, odeurs de crêpes, fumée des pétards qui s’accrochent aux cheveux. On cherche un coin, un peu d’air, mais tout est plein, saturé, vivant jusqu’à la douleur.
Les néons suintent sur les vitrines,
Et la chaleur s’accroche aux trottoirs.
Dans tes yeux brûlent cent flammes citadines,
Comme si la nuit voulait tout boire.
On fume comme on respire, comme si chaque cigarette raccourcissait le temps jusqu’au prochain éclat dans le ciel. On se bouscule, on rit trop fort. Quelqu’un lance un ballon, et soudain on court derrière, ivres d’instant, comme si l’enfance nous rattrapait à pleine vitesse. Les façades répercutent chaque détonation, le ciel s’ouvre et se referme dans un rythme de cœur.
Les quais retiennent un parfum d’orage,
Et le Rhône brille sous les ponts.
Dans nos mains se défait le monde en poudre,
Et rien ne reste que des fronts brûlants.
Les bus avalent leurs grappes d’épaules collées. La ville ne songe pas à se coucher. Et même si nous ne venons pas d’une cité qui ne dort jamais, pour beaucoup, cette nuit où le ciel s’est paré de couleurs restera blanche. Je rentre seule, écouteurs vissés. La chaleur s’attarde sur la peau, et je sais déjà que cette nuit deviendra souvenir — ou fumée.
Flavie Naudou
Sans y penser
Exceptionnellement seul aujourd’hui. Je bois un café noir, puis un autre. Brosse à dents, rasoir, douche, clefs de maison et de voiture. Fermer l’une, ouvrir l’autre.
Restent des traces de nuit et de rosée,
Sur la carrosserie de moins en moins blanche.
Trop mal dormi, je me sens peu reposé :
Aimerais-je de moins en moins le dimanche ?
Pas de musique. Pas de radio. Je pars sans bruit, quitte mon hameau pour le bourg. Tout semble trop calme, comme un jour qui menace de s’éterniser. Je m’arrête quelques instants : smartphone, application, livre audio, auteur japonais. Commencé cette semaine, je ne le finirai probablement pas aujourd’hui.
Obligatoires jusqu’au trente-et-un mars,
Les pneus hiver font ronronner l’autoroute.
Évidemment les maisons sont moins éparses :
Les bruits de la ville à d’autres bruits s’ajoutent.
Je me suis donc dirigé vers Lyon. Sans y penser. Des mois que je n’y suis pas allé. Une place est libre près d’un petit parc. Je coupe le contact, me gare, marche, désire traverser le Rhône.
Détour imprévu par une passerelle,
Au hasard des trottoirs, tourner sans raison.
Une librairie insoupçonnée m’appelle :
Sept nouveaux livres rejoindront la maison.
Une autre m’invite. Me voilà avec dix recueils de poésie. Je regarde les vitrines. Un chocolatier bean-to-bar. Je ne savais pas qu’il y en avait un ici. La boutique est ouverte. J’entre. Tablettes rangées comme dans une bibliothèque moderne. Je sors. Cinq dans un sac. Voilà un cadeau pour ma femme.
Sans savoir pourquoi, je vais vers la Croix-Rousse,
J’accélère en retirant ma veste orangée.
Un magasin sicilien aux odeurs douces :
Les arancini chauds sont vite mangés…
Comme si j’avais fait ce que je devais faire, je redescends vers mon véhicule et repars satisfait de cette journée. Le livre audio se termine. Ma femme serre son frein à main. Elle a quelques secondes d’avance sur moi. Je serre le mien.
La journée, la balade, les livres, le chocolat, les arancini, elle…
Tout était là, juste là, dans un inattendu accord plus que parfait !
Olivier-Gabriel Humbert



